Avanim

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Tendre est la première apparition de Michale. Tel-Aviv, une terrasse d’un café, la caméra fixant un visage faussement serein. Michale, la clope en l’air, observe et patiente. Observez ses yeux, cette tristesse enfouie dans ce regard qui refuse de danser la vie. Raphael Nadjari, cinéaste natif de Marseille et voyageur inconditionnel, nous plonge d’emblée dans […]

Tendre est la première apparition de Michale.
Tel-Aviv, une terrasse d’un café, la caméra fixant un visage faussement serein. Michale, la clope en l’air, observe et patiente. Observez ses yeux, cette tristesse enfouie dans ce regard qui refuse de danser la vie. Raphael Nadjari, cinéaste natif de Marseille et voyageur inconditionnel, nous plonge d’emblée dans le quotidien paumé d’une jeune trentenaire israélienne. Par cette capture d’un instant de vie, il laisse respirer son personnage avant de l’intégrer dans un microcosme étouffant, miroir écarlate d’une société complexe car trop contradictoire. Toute la thématique d’Avanim prend son envol dans ces quelques secondes et c’est alors tout un pan du cinéma contemporain qui refait surface, celui d’Arnaud Desplechin et de Pascal Ferran, ce cinéma qui refuse de filmer la fuite du temps.

Nadjari est un humaniste.
Sa filmographie, véritable traité des sens, privilégie les positions et autres réflexions sur le geste humain. Atteindre cette idéologie, la caresser non pas dans le sens du poil mais lui redonner ses lettres de noblesse, Nadjari tente inlassablement d’y parvenir. Ses trois premiers films, tournés à New-York, exploraient déjà certaines thématiques que l’on retrouve dans Avanim, l’ignorance, les rapports culturels et surtout le message religieux dont la judéité reste le pivot central des questionnements du cinéaste. Doyenne des religions, le judaïsme trouve dans les images de Nadjari un sens quasi mystique, bercé d’une recherche formelle (cadrage serré, temporalité des scènes soigneusement maitrisée) et d’une profonde mise en propos qui assagi le spectateur toujours réticent à l’idée de subir une œuvre didactique.

Avanim respire la mélancolie. Diffuse d’une part dans la mise en scène fiévreuse de Nadjari et d’autre part dans la gestuelle exquise de l’actrice Asi Levi. Ces plans où elle se tient immobile devant ce parterre de religieux intolérants, ses longs cheveux fuyants, le regard alerte, démontre la maîtrise irréprochable d’un cinéaste attentif aux moindres faits. Dire d’Avanim que c’est une œuvre élitiste équivaut à la dénaturer de ses réelles intentions. Nadjari, tout au long de son film, tente de répondre à ses propres angoisses, ses propres doutes sur des sujets diaboliquement universels. Si Michale porte une jupe, refuse de se voiler devant les religieux et affronte l’illogisme de son père, ce n’est pas par provocation, juste pour s’imposer, exister dans cette société qui se contredit de jour en jour.

Ce qui est troublant et terriblement excitant à la fois, c’est de se retrouver devant une œuvre cohérente et qui s’impose progressivement. Nadjari en 5 films, renoue avec un filmage délicat qui accompagnait les désirs d’un Cassavettes ou d’un Desplechin. Avec Avanim, la caméra n’en finit plus d’emballer les personnages de ce roman d’apprentissage, leur donnant quelques idées de liberté, de tolérance jusqu’à ce que le Destin les confronte face à leurs frayeurs. La mort brutale de l’amant de Michale est une sublime idée de scénario. Tuer ce bonheur ineffable ne peut qu’être bénéfique pour l’avenir de Michale. En intégrant cet amant dans un hors-champ implacable, Nadjari teste Michale et patiente jusqu’à l’issue finale. Celle-ci renoue alors avec une certaine tendance du bonheur et par la même occasion défie son entourage en leur démontrant que la vie est un mets qui n’agrée que par la sauce.

Titre original : Avanim

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Durée : 107 mn


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