Rainer Werner Fassbinder

Nationalité : allemande

né le 31-05-1945

décédé le 10-06-1982

Biographie

Le cinéma de Fassbinder


Réalisateur allemand né à Munich en 1945, R. W. Fassbinder incarne le renouveau d’un cinéma troublé par les héritages du passé (régime nazi, division du pays en deux états, démocratisation d’une Allemagne par effet d’américanisation, perte d’identité et sentiment de honte etc.). C’est avec d’autres grands cinéastes de sa génération (Schöndorff, Wenders, Herzog, Kluge, Thome…), que Fassbinder fut l’un des instigateurs de ce besoin d’émancipation artistique de la RFA d’après-guerre.

Passionné de cinéma et de théâtre, Fassbinder, qui fonde en 1968 « l’Anti teater », organisera son travail de mise en scène autour d’une troupe qui le suivra jusqu’à sa disparition en 1982 (rupture d’anévrisme). Cet appui fidèle lui permettra de mettre en place sa vision protéiforme et boulimique (pas moins de 40 films en 13 ans) d’un cinéma offrant une radiographie sans concession de l’homme dans sa dimension sociale.

Si, depuis son premier film, L’Amour est plus fort que la mort, Fassbinder n’a eu de cesse d’explorer via une esthétique inimitable les travers de la société allemande post hitlérienne, il y introduit avec application un ton, une couleur et un tempo unique pour accompagner les thèmes qu’il développe. En effet, la théâtralisation de la mise en scène par jeu de postures, de positionnement des corps, d’écriture des plans dans leur construction technique (utilisation du zoom, du plan séquence, de la profondeur de champ dans l’organisation de l’espace…) offre aux spectateurs une vision peut être « maniérée », mais d’une grande maîtrise intellectuelle.

Adaptant toujours ses films en fonction d’un discours précis et méthodiquement écrit, le réalisateur, dont le langage devient le maître mot d’une posture définitivement matérialiste, supprime de facto ce que le cinéma sait faire de mieux : l’allusion. Il donne au spectateur des clefs de compréhension assez crues de la réalité politique et sociale du monde. Inspiré des mélodrames de l’oeuvre de Douglas Sirk et du cinéma américain, Fassbinder expose des thématiques fortes portant sur l’homosexualité (Whity, 1971), le racisme (Tous les autres s’appellent Ali, 1974), la corruption (Lola, une femme allemande, 1981), la critique de la bourgeoisie (Pionniers à Ingolstadt, 1970) et qui, sans être révolutionnaires, lui permettent de souligner la complexité d’une société fonctionnant sur le mode des relations, qu’elles soient d’amour, de sexe, d’argent, de pouvoir, de domination ou d’émancipation.

Ses personnages ne sont ni bons, ni mauvais, mais agissent en fonction de règles qui assurent l’ordre des choses en supprimant toute idée de bonheur. Pour exister, l’homme doit se révolter en brisant les chaînes des conventions.

Cinéaste stylisant ses films pour faire passer un discours pessimiste du monde (serait-il le Kubrick social à la recherche d’un salut illusoire ?), Fassbinder a été le « peintre » d’une époque en mutation (écho au travail de Warhol), d’une Europe en construction et d’une Allemagne en questionnement.

Geoffroy Blondeau

Biographie du cinéaste



Rainer Werner Fassbinder est né à Munich à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le 31 mai 1945, d’un père médecin et d’une mère traductrice. Ses parents divorcent en 1951, il se retrouve alors seul avec sa mère, qui l’envoyait souvent au cinéma afin de travailler en paix. Il passa son enfance à Munich et fut l’élève d’une école expérimentale. Il interrompu ses études avant le baccalauréat et exerça différents métiers. Journaliste à la Süddeutshe Zeitung, il tourna son premier court métrage en 1965 intitulé Le clochard.

Deux ans plus tard, il intègre une troupe de théâtre expérimental, l’Action Theater qui cesse ses activités en 1968. Puis, il fonde l'Anti Theater et devient le principal responsable. Grâce à cette structure, il prépare de nombreuses adaptations de Sophocle, Tchekhov et Ibsen. Il travaille également pour la radio.

Dès 1969, il réalise des adaptations cinématographiques de ses propres pièces de théâtre et s'oriente vers la télévision. L'amour est plus froid que la mort fut son premier film dans lequel il interprétera le rôle principal. Cette réalisation sera présentée au festival de Berlin mais la critique restera réservée. Dans la foulée, il réalise Le bouc, d'après l'une de ses pièces, et reçu de nombreux prix.

Grâce à ce succès, Fassbinder enchaîna de nombreuses réalisations pour le cinéma, le théâtre et la télévision. En 1970, il se marie avec l’actrice Ingrid Caven et divorcera deux ans plus tard. Quatre ans plus tard, il prend la codirection du Theater und Turn de Francfort tout en continuant la mise en scène et sa collaboration avec la télévision. Il crée à ce moment là, sa propre boite de production : Tango Films.

En 1976, il fera parler de lui avec sa pièce L’ordure, la ville et la mort. Il sera condamné par la critique comme « fasciste de gauche ». Celle-ci pensait y avoir entrevu une forme d’antisémitisme. Ces préjugés perdurèrent quelque temps lorsqu’il tenta d’adapter pour le cinéma deux romans de Gustav Freytag : La terre est inhabitable comme la lune et Droit et Avoir. En effet, les commissions chargées d’examiner ces deux projets ne permirent pas à ces deux réalisations de voir le jour.

Dans la dernière partie de sa vie, de 1978 à 1982, il tourna des films qui connurent le plus grand succès : Le mariage de Maria Braun en 1978, Lola, une femme allemande en 1981 et Le secret de Veronika Voss en 1982 qui obtint l’Ours d’or au festival de Berlin. Dans la même période, il réalisa pour la télévision une œuvre spectaculaire de quatorze épisodes Berlin Alexanderplatz.

En l'espace de treize années, il sera l'auteur d'une quarantaine de films pour la télévision et le cinéma. Inspirée de l’œuvre de Douglas Sirk, sa production explora essentiellement tous les aspects du mélodrame imprégné de l’Allemagne post hitlérienne et américanisée des années cinquante. Ses films traitent souvent le problème de l’amour et des relations de pouvoir qui en découlent. Fasbinder est un extraordinaire metteur en scène du langage ; son Septième Art évoque avec raffinement toutes les possibilités des sentiments humains. Il souhaitait créer une véritable « comédie humaine » à la manière de Balzac, mais au cinéma. En effet, un film ne prend son sens qu’au regard des autres films. Il faut également signaler toutes ses activités diverses et variées en tant que décorateur, compositeur et monteur. Il était engagé du côté des opprimés et des laissés pour compte, et il s’éteint à l’âge de trente sept ans le 10 juin 1982 à Munich, sans avoir pu voir le mur de Berlin s’effondrer et l’Allemagne réunifiée. Ce réalisateur était finalement devenu l’un des plus grands représentants de son pays. Avant sa mort, il était sur le point de réaliser le film Je suis le bonheur de cette terre. Sa vie fut donc courte et violente, ce qui est véritablement typique de l’artiste maudit.

Filmographie Réalisateur

Filmographie Acteur


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