Fritz Lang

Nationalité : allemande

né le 05-12-1890

décédé le 02-08-1976

Biographie

Fritz Lang est un réalisateur de cinéma autrichien, né en 1890 à Vienne, et naturalisé américain. Il abandonna assez tôt ses activités de peintre et d'architecte pour écrire des scénarios, mais ne tourna son premier film, Halbblut, qu'en 1919. De 1921 à 1932, il eut pour scénariste sa femme, Thea von Harbou (1888 - 1954), qui, très sensible aux valeurs germaniques et au romantisme wagnérien, exerça une grande influence sur son œuvre.

Fritz Lang est sans doute le cinéaste allemand le plus connu au monde. Il doit cette réputation à ses films des années 1920 — la série des crimes du Docteur Mabuse, Metropolis, M le Maudit — mais sa carrière américaine fut à la fois plus longue et plus abondante : vingt-deux films, contre une quinzaine seulement de films allemands. Son œuvre hollywoodienne ayant été, depuis 1960, considérablement réévaluée par la critique, Fritz Lang apparaît donc, également, comme un grand cinéaste américain.

Fritz Lang est né le 5 décembre 1890 dans une vieille famille bourgeoise autrichienne. Son père, Anton Lang, était maître architecte des travaux publics de la ville de Vienne, et sa mère, Paula, née Schlesinger, appartenait à la bourgeoisie juive de la capitale. La vocation initiale du jeune Fritz Lang, dont le père voulait faire un architecte, est la peinture. Il admire particulièrement Egon Schiele et Gustav Klimt, déjà fort célèbres. Il travaille dans des cabarets viennois, puis s'en va parcourir le monde, après une brouille avec son père. Il voyage en Belgique, en Afrique du Nord, découvre la Turquie et l'Asie Mineure; il se retrouve à Paris dans les années qui précèdent la guerre de 1914, survit en peignant des cartes postales et des toiles, place des caricatures dans des journaux. Parallèlement, il suit des cours à l'école de peinture de Maurice Denis et dessine des nus à l'académie Julien.

Ayant découvert le cinéma lors d'un séjour à Bruges, il devient un spectateur très assidu au début des années 1910, à Paris. Mais la guerre de 1914 l'oblige à partir. Il s'engage dans l'armée allemande, est blessé sur le front italien et finit la guerre dans un hôpital viennois. À l'hôpital militaire, il écrit des scénarios, en vend quelques-uns à Joe May, alors producteur et réalisateur assez connu à Berlin, et Viennois d'origine, comme lui. Ces premiers scénarios racontent des aventures historiques et exotiques; il en publie certains sous forme de feuilletons dans la presse. La réalisation du Mariage au club excentrique par Joe May lui déplaît. Puis il devient acteur pour la Decla, filiale allemande d'Éclair que dirige le producteur Erich Pommer. C'est ce dernier qui lui permet de réaliser son premier film, Halbblut (le Métis, 1919).

À cette époque, sa première femme se suicide après avoir trouvé Thea von Harbou, qui écrivait un scénario pour Lang, dans les bras de celui-ci. Lang est soupçonné d'assassinat: « Il découvrit pour la première fois à quel point circonstances et motifs de suspicion peuvent être précaires. C'est de cet incident que date l'habitude qu'il avait de noter chaque événement de la journée », précise sa biographe et amie Lotte Eisner.

Fritz Lang épouse Thea von Harbou, qui va désormais cosigner les scénarios de tous ses films
jusqu'à son départ d'Allemagne, en 1933. Son premier film important, Les Araignées, est une suite d'aventures policières à rebondissements multiples, dont il ne réalise que deux épisodes (sur les quatre prévus): Le Lac d'or (1919) et le Cargo d'esclaves (1920). Il s'agit d'un feuilleton dans le genre des Fantômas de Louis Feuillade, ou des Mystères de New York de Léon Gasnier, très en vogue à la fin des années 1910.

La réussite commerciale de ces deux épisodes lui permet de réaliser un film plus ambitieux et plus personnel, Les Trois Lumières (Der müde Tod, 1921), qui bénéficie d'une distribution internationale. Malgré l'atmosphère germanophobe qui règne en France après la Grande Guerre, ce film remporte un succès très important à Paris. C'est un récit allégorique qui met en scène la lutte d'une jeune fille contre la Mort. Cette dernière lui promet de lui rendre son fiancé si, transportée dans trois époques différentes, à Bagdad, à Venise et en Chine, elle parvient à sauver la vie de trois hommes menacés. Ce thème typiquement romantique, inspiré de contes d'Andersen et de Grimm, est traité de façon très personnelle par le réalisateur, qui insiste sur l'omnipotence de la mort.

Lang adapte ensuite un roman de Norbert Jacques qui lui donne l'occasion de mettre en scène, pour la première fois, le personnage du criminel diabolique qui va l'obséder jusqu'à son dernier film: le Docteur Mabuse. Les deux premiers épisodes, Mabuse le Joueur (Der Spieler) et Mabuse le Démon du crime (Inferno), sont de 1922. C'est Rudolf Klein-Rogge qui incarne le criminel sous les triples traits d'un célèbre psychanalyste adepte des sciences occultes, d'un magnat de la finance, et d'un simple matelot. Il assouvit son goût de la puissance par l'hypnotisme, la terreur, le chantage, les sociétés secrètes, la fausse monnaie et le meurtre. L'historien Siegfried Kracauer, dans son célèbre essai De Caligari à Hitler, a vu en Mabuse l'archétype du criminel mégalomane, modèle des dictateurs qui allaient bientôt ensanglanter l'Europe.

La superproduction historique que réalise ensuite Lang, Les Nibelungen (1924), marque un retour aux sources de la culture germanique. Le succès de ce nouveau film en deux parties, La Mort de Siegfried et La Vengeance de Kriemhilde, amène Lang à voyager en compagnie d'Eric Pommer pour en faire la promotion, notamment aux États-Unis.

La découverte de New York lui donne l'idée d'un film sur une mégapole monstrueuse: Metropolis (1927), la plus grosse production de l'UFA (Universum Film Aktiengesellschaft) pour toutes les années 1920 (cinq millions de Marks). Lang y oppose une caste de privilégiés, qui vivent dans un paradis artificiel à la surface de la planète, à une masse d'esclaves enfermés dans des souterrains et soumis à des cadences infernales. Le scénario, qui s'inspire des récits d'anticipation de H.G. Wells, permet à Lang de donner libre cours à son imagination architecturale — les décors sont impressionnants — et à son sens des mouvements de foules: l'obsédante marche des esclaves dans la ville souterraine, la poursuite de Maria par le savant fou Rotwang dans les catacombes en sont des exemples fort célèbres. Le film est pourtant un relatif échec commercial; les Américains, coproducteurs, le dénaturent en en reprenant le montage et en le raccourcissant d'une heure.

Les deux derniers films muets de Lang ont un budget plus modeste : Les Espions (1928), où il renoue avec l'inspiration policière des Mabuse, et La Femme sur la Lune (1929), nouvelle fresque de science-fiction en deux parties, dont l'UFA tente d'imposer la sonorisation, contre la volonté du réalisateur. Lang rompt alors avec la firme, qui vient de passer aux mains du financier Hugenberg, l'un des soutiens du parti national-socialiste.Fritz Lang

Lang reste alors une année sans tourner, puis il signe un contrat avec la Nero Film de Seymour Nebenzahl pour un premier film sonore qu'il va préparer avec une minutie remarquable. D'abord intitulé « Les Assassins sont parmi nous », ce film sera finalement exploité sous le titre M (en France : M le Maudit, 1931). Il rencontre tout de suite un immense succès et est distribué un peu partout dans le monde — si l'on excepte quelques interventions de la censure en Hongrie et en Tchécoslovaquie. Inspiré par un fait divers contemporain, des meurtres d'enfants en série, le film décrit l'état d'esprit de l'opinion publique populaire berlinoise au début des années 1930, mettant en parallèle l'appareil répressif de l'État et l'organisation clandestine de la pègre. Il donne surtout un extraordinaire portrait d'assassin psychopathe, interprété avec une vérité hallucinante par Peter Lorre, jeune acteur découvert par Bertolt Brecht.

En 1933, Lang écrit et réalise le dernier film de sa période allemande, toujours en collaboration étroite avec Thea von Harbou. Il s'agit d'un nouvel épisode des crimes du Docteur Mabuse, Le Testament du Docteur Mabuse, dans lequel le professeur Baum, directeur d'un asile d'aliénés, imite la rhétorique de tribun populiste d'Adolf Hitler. Le film sera interdit par la censure nazie dès mars 1933. Lang se voit pourtant proposer par Goebbels des responsabilités dans la direction du cinéma allemand. Lang choisit l'exil en partant pour Paris. Il quitte par la même occasion Thea von Harbou, dont les sympathies pour le nouveau régime la conduisent à préférer rester en Allemagne.

En France, Lang réalise pour Erich Pommer, qui comme lui a fui le régime hitlérien, un remake d'une pièce de Ferenc Molnár, Liliom, précédemment adaptée aux États-Unis par Frank Borzage (1930). Charles Boyer y incarne, avec une rare brutalité, un bonimenteur de foire qui séduit une jeune fille avant de s'adonner à la boisson, de voler et, une fois arrêté, de se suicider. Au ciel, les juges lui projettent le film de ses méfaits. Il revient sur terre avec pour mission de faire quelque chose de bien pour sa petite fille. Le traitement ironique et tranchant de cette histoire déconcerte le public français. En fait, Lang s'adapte fort mal au système cinématographique parisien; ayant signé un contrat avec la MGM (Metro-Goldwyn-Mayer), il s'embarque pour la Californie.

La «Metro» commence par lui refuser successivement cinq scénarios, avant d'accepter celui de Furie, qu'il peut enfin réaliser en 1936. Dans ce premier film américain, Lang met en scène
un homme traqué (interprété par Spencer Tracy), injustement accusé de kidnapping et menacé de lynchage. Lang découvre alors les méthodes hollywoodiennes de réalisation : cela ne se passe pas sans heurts avec les acteurs et avec l'équipe technique. Il peut cependant développer sa vision pessimiste de l'homme, obsédé par le désir de meurtre et la tentation de la vengeance : Furie est une magnifique dénonciation de la sauvagerie collective. Mais le film déplaît à Louis B. Mayer, grand patron de la MGM, qui entend maintenir l'image de marque très moralisatrice et bien-pensante de la firme. Le soir de la première, le réalisateur refuse de serrer la main de son producteur, Joseph Mankiewicz, qui a exigé la suppression d'une séquence.

C'est seulement vingt ans plus tard, en 1955, que Lang tournera un second film pour la MGM : Les Contrebandiers de Moonfleet; à nouveau, il s'oppose à la direction de la firme lors du montage final, qu'il ne peut contrôler. On lui impose, d'autre part, le format CinémaScope, qu'il n'apprécie pas du tout. Adaptation d'un roman historique de John Meade Faulkner, Les Contrebandiers de Moonfleet, avec Stewart Granger dans le rôle du chef des aventuriers naufrageurs, est pourtant l'un des plus beaux films sur l'enfance jamais réalisés.

En vingt ans d'activités américaines, Lang changera très souvent de firme de production, passant de la MGM à la 20th Century Fox (Le Retour de Frank James, 1940), à la Paramount (Espions sur la Tamise, 1944) ou à la Columbia (Règlement de comptes, 1953), et collaborant plus occasionnellement avec la United Artists, la Warner ou la RKO (Radio Keith Orpheum). Il passe également d'un genre à l'autre : du drame judiciaire (Casier judiciaire, 1938) au western (L'Ange des maudits, 1952), du film d'espionnage (Chasse à l'homme, 1941) au policier psychanalytique (Le Secret derrière la porte, 1948). Il fonde en 1945 sa propre société de production — la Diana Productions — mais ne réussit à mettre sur pied que La Rue rouge (1945), remake de La Chienne de Jean Renoir.

Bien qu'il ne choisisse pas toujours ses scénarios et qu'il ne les signe pas, conformément à la pratique américaine, il joue un rôle important dans leur mise au point finale et s'arrange pour qu'il soit impossible de couper son montage : il parvient ainsi à imprimer complètement sa marque à l'œuvre qu'il dirige. De film en film, on retrouve ses thèmes favoris : l'obsession de la fatalité, le goût du secret et, plus profondément encore, la volonté de puissance.

Après Les Contrebandiers de Moonfleet, il réalise, en 1956, un dernier film américain : L'Invraisemblable Vérité, dont le scénario tente, à travers toute une série de rebondissements, de démontrer l'absurdité de la peine de mort. Le film est un gros échec commercial, mais il deviendra, à la fin des années 1950, le prototype de l'œuvre encensée par les Cahiers du cinéma, qui défendent la « politique des auteurs » et vont bientôt lancer la Nouvelle Vague.

Sur la proposition d'un riche producteur allemand, Arthur Brauner, Lang rentre en Europe pour préparer et réaliser un très ancien projet : le scénario, écrit dans sa jeunesse avec Thea von Harbou, avait été mis en scène par Joe May en 1921, puis avait fait l'objet d'un remake, en 1937, par Richard Eichberg : Le Tigre du Bengale (1959) et sa suite, la même année, Le Tombeau hindou peuvent être considérés comme les testaments esthétiques de l'auteur. L'œuvre est d'une extraordinaire perfection formelle, alors que le scénario a la simplicité d'une bande dessinée: « Ce qu'il y a de plus profond dans les films de Lang, écrit l'un de ses exégètes, c'est une certaine manière de regarder de très loin, comme au fond de la mort, les hommes, les femmes, le meurtre et la fatalité. »

En 1960, toujours en Allemagne, il réalise un ultime épisode des aventures de Mabuse, Le Diabolique Docteur Mabuse (interprété par Gert Froebe), bouclant ainsi son œuvre de manière
remarquablement cohérente. En 1963, dans Le Mépris, la Nouvelle Vague, en la personne de Jean-Luc Godard, salue en lui un des plus grands créateurs du cinéma, en lui donnant l'occasion d'interpréter son propre rôle, celui d'un metteur en scène qui tente de réaliser un film sur L'Odyssée. Il meurt en 1976, à Los Angeles, après une longue période d'inactivité : il n'a pas trouvé à financer ses nouveaux projets.

Par Philippe Lemieux

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