Al Pacino

Nationalité : américaine

né le 25-04-1940

Biographie

Il a dû faire beau en cette journée du 25 avril 1940.

Je l’imagine parfaitement ce quartier du Bronx, avec ses rues ensoleillées, ses immeubles crades grisâtres et ses squats improvisés par des bandes rivales. Les commerces illégaux un peu partout, le racisme ouvertement affiché et la drogue pour oublier la pauvreté. C’est dans cet univers là que naît Alfredo Pacino en cette journée de printemps, et c’est tout ce quartier du Bronx qui forgera son identité et guidera longtemps ses choix artistiques. Pour comprendre Pacino il faut avant tout savoir d’où il vient. De la rue. C’est là qu’il apprend très tôt ce qu’est la vie, la vraie, pas celle qu’on lit dans les bouquins. Ses parents, siciliens, ne sont pas ce qu’on pourrait appeler un couple modèle, et pendant longtemps il vit avec sa mère chez ses grands parents. La rue l’appelle parfois à des trafics divers mais il a l’intelligence de savoir, de sentir peut être que lui vaut mieux que ça.

Et très vite il s’intéresse au théâtre. Le théâtre, endroit rêvé où l’espace de quelques heures il se retrouve loin de la réalité moins poétique de sa vie. Et puis Alfredo se trouve quelques capacités. Ses professeurs ne sont pas pour le décourager. Sans doute ont il vu très tôt cette lueur accompagner chacune de ses représentations : le talent. Il participe à plusieurs pièces dans le cadre scolaire et à 14 ans le futur « Pacino » entre à la High School Performing Act. Dès lors il n’a plus guère de doute quant à ce qu’il veut faire plus tard. Trois ans passent et première grosse déception, il est obligé de quitter l’Institut, notamment en raison de son anglais, très faible. Il se lance alors dans une série de jobs divers, plus ou moins légaux selon les périodes (à 18 ans il est arrêté pour possession de drogue).

On pourrait croire que l’appel de la rue sera le plus fort, mais ce serait sous estimer cette personnalité qui va sans cesse de l’avant et sait ce qu’elle veut. Car durant toutes ces années Pacino n’a qu’une seule idée en tête, reprendre le théâtre, devenir comédien voire acteur. Acteur ! Mot magique ! Il ose à peine y penser, ses lèvres osent à peine l’effleurer. D’ailleurs il n’y croit pas trop, ce serait la grande porte, celle qui le délivrerait définitivement de ce monde qu’il aime pour la misère, mais dont il veut se sortir. Le cinéma ! Même pas une éventualité mais un rêve lointain, inaccessible. Il pense à Marlon Brando, ce Dieu qui règne sur l’Hollywood des années 50, cet acteur de prodige que tous les jeunes comédiens imitent en vain à commencer par James Dean.

Et puis il repense au théâtre et ça lui parait plus accessible. En 1966, première consécration et de taille, il intègre l’ Actor Studio, cette grande école renommée, et il se dit que le cinéma n’est peut être plus si loin. Mais attention, Pacino n’oublie pas le théâtre pour autant. Bien au contraire la scène reste le lieu de ses plus grandes joies, et celui de sa première récompense, symbole fort qu’il n’a jamais oublié. En 1968 il reçoit un Obie pour son interprétation dans « The Indian waits the Bronx ». Dès lors sa carrière est lancée et connaîtra une ascension fulgurante. En 69 vient son premier Tony Award pour une autre pièce, « Does the tiger wear a nechtie ». Cette même année le mythe du cinéma comme monde inaccessible, déjà bien entamé par son intégration à l’ Actor Studio, se brise définitivement par son premier rôle au cinéma sous la direction de Fred Coe pour « Me Natalie ». Le film n’est pas un chef d’œuvre et le désormais Al Pacino n’est pas remarqué par beaucoup de monde. Mais parmi ce peu de monde il y a tout de même Jerry Schatzberg. Leur rencontre est un véritable détonateur pour la carrière du jeune acteur de 29 ans, et en 1971 Schatzberg offre à cet inconnu d’ italo américain le premier rôle de son film « Panique à Needle Pak ». Pour Pacino c’est une véritable révélation. Il est prodigieux en junkie totalement paumé au cœur de la jungle urbaine. Ce rôle ne suffit pas encore à la sortir de l’anonymat, mais encore une fois quelqu’un va le remarquer. Ce n’est que Francis Ford Coppola qui fasciné par cette prestation qu’il livre dans le film de Schatzberg, fera de Al Pacino l’une des plus grandes stars des années 70.

Les producteurs du Parrain refusent catégoriquement Pacino. Trop inconnu, trop petit, pas de gueule, aucune envergure, laisser ce minus donner la réplique à Brando non mais vous déconnez Francis ! Mais comme l’avenir le montrera (en 79 notamment….), Coppola n’est pas du genre à lâcher l’affaire facilement. Les producteurs veulent Robert Redford dans le rôle de Michael Corleone, Coppola veut Pacino, les producteurs veulent James Caan, Coppola veut Pacino, les producteurs pensent à Stalone ( !! ), Coppola ne pense qu’à Pacino. Tant et si bien que ceux-ci finissent par craquer en partie, notamment grâce à une projection du film de Schatzberg qui a le mérite de leur faire admettre son talent ( encore merci Jerry !). Mais Pacino est loin d’être admis. Coppola est autorisé à tourner quelques plans d’essai au cas où, mais dans l’esprit des producteurs ce n’est que le temps de lui trouver un remplaçant. Les premières semaines de tournage sont un calvaire pour Pacino. Lorsqu’il se met à jouer les moqueries fusent autour de lui. Le preneur de son rigole, les accessoiristes aussi de même que les techniciens du plateau. Il n’est pas pris au sérieux et lui-même se trouve absolument nul sur les rushs.

Et puis le jour où pour la première fois il tourne une scène avec Brando, il reste tétanisé pendant un quart d’heure, totalement impuissant face à la grandeur de l’homme qu’il a en face de lui. Ajoutez à cela les pressions des producteurs à son égard, le poids est dur à supporter et Pacino propose à Coppola de tout arrêter. Il veut quitter le film et n’en entendre plus parler. Mais ce cher Francis insiste et comme toujours obtient gain de cause. Lui ne doute à aucun moment du talent immense que recèle ce jeune homme de 32 ans. Ce n’est que lors de la scène où Michael élimine les ennemis de son père au restaurant que Pacino n’est plus remis en question. Les producteurs reconnaissent leur erreur de jugement et le bénissent, les rires cessent sur le plateau et le jeune homme gagne en confiance. La sortie du Parrain est accueillie très durement par la critique, « trop violent », « trop osé », « 2h45 de ketchup » ! ! ! Mais Pacino accède à la lumière. Bien sûr on ne parle que de Brando (il aura d’ailleurs l’oscar) et il est vrai que c’est lui le Dieu de ce premier volet, mais Pacino est également exceptionnel et on commence à parler de lui sérieusement. Un an plus tard, en 1973, il retrouve Jerry Schatzberg pour donner la réplique à Gene Hackman dans « l’épouvantail ». Pacino efface presque Hackman, pourtant excellent dans ce road trip à la fin intense et dramatique. La même année Sidney Lumet lui offre son second plus grand rôle après le parrain, celui de Serpico, ce flic incorruptible qui s’élève contre la corruption qui ronge son institution. Immédiatement film culte de ces années 70.

Et puis c’est le Parrain 2 en 1974, avec De Niro pour interpréter l’enfance de Brando. Pacino y est impitoyable, froid, sans sentiments. Fascinant. Désormais on parle de lui un peu partout. Il devient une véritable star. 5 ans plus tôt il n’était rien. De Niro monte également, moins vite mais suffisamment pour que les deux jeunes italo américains soient comparés par la presse et assimilés par le public. Leurs jeux sont différents mais pas assez pour que la comparaison soit totalement inopportune. De Niro connaîtra son heure de gloire un peu plus tard, quand ses collaborations avec Scorsese se multiplieront. Mais Pacino, lui, enchaîne les films. En 1975 il retrouve John Cazale (son frère dans les deux premiers parrain) pour « Un après midi de chien », sous la direction une fois de plus de Sidney Lumet. De leur collaboration, la tendance de Pacino à sur jouer s’établit bien plus fermement. Déjà dans Serpico les prémices du futur interprète naissaient peu à peu. « Un après midi de chien » confirme cette tendance. Finie la sobriété lisse et entretenue de l’acteur du Parrain. Désormais Pacino sera bon, souvent très bon, parfois excellent. Mais parfois très agaçant si mal dirigé. Jusqu’à Scarface (1983) il connaît un passage à vide. Ses rôles dans Bobby Deerfield et Justice pour tous ne sont guère convaincants mais il fait ce qu’il peut. Dans « la chasse » de Friedkin Pacino s’essaie à un rôle de flic plongé dans le milieu homosexuel crade pour traquer un meurtrier. Il joue bien mais le film est surfait. Peu de choses à retenir également du film de Harold Becker qu’il tourne en 1982, « Avec les compliments de l’auteur ». Mais en 1983 sa première collaboration avec Brian De Palma pour « Scarface » fait de lui un véritable mythe urbain.

Aujourd’hui encore le spectateur moyen se souvient plus de Pacino sous les traits de Tony Montana que sous ceux de tout autre personnage de films pourtant bien supérieurs. Si ce film de De Palma est peut être un peu sur estimé et sans nul doute sur médiatisé, la prestation de Pacino est par contre énorme. Il porte le film sur ses épaules et livre un numéro grandiose. De 83 à 90 il tourne quelques films mineurs jusqu’à retrouver Coppola pour tourner l’ultime volet de la trilogie qui fit de lui une star. De nouveau on retrouve le Pacino du début des années 70, sobre et classe en patriarche de la famille Corleone.

Le Parrain 3 est un beau film crépusculaire même si il ne possède plus l’esprit des deux premiers. La critique est mitigée. Pacino et Garcia essuient de bons articles mais Sofia Coppola reçoit un accueil effroyable. Elle est décrite comme celle qui gâche toute cette ultime œuvre. Les journalistes sont très durs et n’ont pas l’intelligence de surpasser cette petite faiblesse. Ca nous étonne peu. Deux ans plus tard Pacino joue son Vittorio Gassman dans « le temps d’un week end », reprise assez libre de « Parfum de femme » de Risi. Martin Brest rate son propos et le film est médiocre mais Pacino y est splendide, digne héritier de Gassman. Il reçoit l’oscar. Un an plus tard, en 1993, il retrouve De Palma pour « L’impasse », beau long métrage sur la rédemption impossible d’un ancien truand de bas étage. Al porte la barbe et le blouson de cuir. Une fois de plus il est superbe mais les critiques américaines descendent le film, pourtant bien accueilli en Europe.

En 1995 Michael Mann réussit ce bel exploit de réunir De Niro et Pacino pour un face à face façon polar mélancolique nocturne. Les deux monstres se rencontrent pour la première fois malgré les différentes comparaisons dont ils sont les objets depuis des années. Michael Mann a le bon goût de ne laisser aucun des deux acteurs prendre le pas sur l’autre, du moins strictement scénaristiquement parlant. Depuis ce magnifique film, carrière en dents de scie pour Pacino. En 1996 il est insupportable en maire de New York dans le City Hall de Martin Brest. La même année il réalise son deuxième film (le premier étant The local stigmatic , en 1990), docu fiction hommage à Shakespeare avec pour terreau sa pièce Richard 3. « Looking for Richard » est très bon et reçoit de bonnes critiques. Pacino y interprète le Roi et il est qualifié de sublime par de nombreux journalistes.

En 1997 il choisit de jouer dans un énième film de mafia. « Donnie Brasco » est bon, lui-même très bien mais totalement effacé par Johnny Depp, excellent. La même année Taylor Hackford lui offre le rôle de Satan dans « l’associé du diable ». C’est l’occasion d’en faire des tonnes mais Pacino s’amuse et nous amuse aussi. Deux ans plus tard Oliver Stone a la mauvaise idée de lui proposer le rôle d’entraîneur d’une équipe de football dans « l’enfer du dimanche ». Pacino cabotine à mort et cette fois ne nous amuse plus du tout. Film sans grand intérêt à oublier. La même année pourtant débute une nouvelle belle série. Dans « Révélations » de Michael Mann il s’assagit un peu et livre une belle interprétation, puis il réalise « Chinese Coffee », nouvelle adaptation à l’écran d’une pièce de théâtre, pour lequel il reçoit encore de belles critiques.

En 2002 il s’amuse dans le « Simone » d’ Andrew Niccol, beau film sur le déclin d’un réalisateur jeté par Hollywood. Pacino y est excellent et donne toute son intensité comique au propos du réalisateur. C’est cette même année que Christopher Nolan lui offre ce qui est certainement le plus beau rôle de ses dix dernières années. Dans « Insomnia » Pacino interprète un flic sur la fin, bouffé par ses insomnies et menacé par la police des polices pour une sombre histoire passée. Le polar de Nolan, tourné au Canada, est fascinant et hypnotique, parfaitement maîtrisé, incroyablement prometteur et gage d’une maturité énorme pour ce jeune réalisateur, déjà un peu dévoilé au public par son « Mémento ». Pacino, très bien dirigé, incarne de nouveau un personnage épais, loin des stéréotypes hollywoodiens. En 2003 deux films sans grand intérêt. « La recrue », dans lequel il donne la réplique à la coqueluche montante d’ Hollywood Collin Farrel, et « Influences » où aux côtés de Kim Basinger il incarne un homosexuel un peu paumé par ses fonctions.

Enfin en 2004 il s’essaie à la série télé avec un grand succès. Dans « Angels in America » il incarne un homosexuel victime du sida pendant les années Reagan. Là encore il en fait beaucoup et tout tourne autour de lui. Agaçant. Si nous nous sommes tenus ici au seul versant cinématographique de la carrière d’ Al Pacino, il convient de préciser que celui-ci n’a jamais quitté la scène et a effectué des milliers de représentations théâtrales. Il faut même admettre (et pour un fan tel que moi c’est difficile) que le théâtre est sa première passion et son principal moteur. Deux des trois films dont il est l’auteur ne sont d’ailleurs rien d’autre que des adaptations de pièces, et chacun aura pu noter le nombre relatif de films dans lesquels Pacino a joué. Un peu plus de 30 film sur environ autant d’années de carrières c’est assez peu. Mais ce fut pourtant suffisant pour qu’il soit considéré comme un des plus brillants acteurs de sa génération, et bien suffisant pour qu’il mérite cet hommage de notre part, aussi modeste soit il.

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