American Bluff

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Théâtre de la performance et petit précis sur l’art du jeu.

Les 2h18 d’American Hustle, huitième long métrage de David O.Russell ont quelque chose de déceptif. Malgré son casting bigger than Hollywood, son exotisme années 70 avec paillettes sur vestes à épaulettes et son tribut allégrement payé à Scorsese, le film se fait désirer. L’explosion de plaisir du scénario basé sur l’arnaque n’advient jamais, et la troupe de comédiens agités jouent une partition qui ne semble satisfaire qu’eux-mêmes, en plus du réalisateur.

La réussite des films d’arnaque, la série des Ocean’s de Soderbergh par exemple, tient souvent à la révélation de l’esbroufe, ce moment où chaque élément se met en place dans l’esprit du spectateur et le ravit de s’être si bien fait balader. Ici, quand bien même l’histoire d’arnaque financière montée par un couple serait inspirée de faits réels, le scénario ne se soucie guère de son exécution, encore moins de sa crédibilité. Chaque ressort de l’intrigue, et chaque nouveau personnage impliqué vient s’ajouter à une représentation sans souci de suspense, de progression narrative sensée. En ce sens, le film peut décevoir, sans qu’on ne comprenne pourquoi son rythme si particulier, entre scènes étirées languissantes et moments de pulsations rétro au ralenti, refuse de mettre un peu du sien dans le spectacle qu’on attendait.

Au lieu de ça, David O. Russell semble prendre plaisir à réaliser le mode d’emploi du genre, laissant le soin à ses personnages d’expliquer comment monter une arnaque par de longues scènes dialoguées aussi épuisantes que jouissives. 

 

L’ensemble tient en effet par un grotesque collage, à l’image d’une séance de pastiche, lorsque Christian Bale parvient à créer, à partir d’une boule de poils synthétique posée sur le sommet de son crâne, une chevelure crédible. Le film n’orchestre pas la partition épatante de ses personnages, il nous raconte comment  jouer une partition épatante. Ainsi, les deux arnaqueurs (Christian Bale et Amy Adams) sont rapidement contraints d’enseigner à l’agent du FBI qui les a pincés comment monter un coup. Celui-ci (Bradley Cooper) devient même rapidement accro à l’exercice, bien plus que ne l’exige son travail. De même, lorsque Christian Bale fait le pari en début de film de « dévoiler son jeu » à sa maitresse, lui avouant être un faussaire, il faut le voir commenter pour lui-même son erreur tactique, se lamentant à haute voix « je ne vais plus jamais te revoir, quel idiot, je n’aurais du faire ça ! ». La fille est au même moment dans la pièce d’à côté et lui verbalise sa détresse, comme dans une pièce de boulevard, l’attendant au balcon.

Le film est truffé de moments tels celui-là, où le plaisir du cabotinage, de la double mystification s’organise, tantôt autour de voix-off explicatives tantôt par des enchevêtrements sonores où les dialogues incessants produisent le tournis. La caméra de David O. Russell, comme dans Silver Linings Playbook (Happiness Therapy), encercle les acteurs, navigue en travelling vers le ventre de Christian Bale ou les fesses de Jennifer Lawrence, ne manquant pas une miette du show.

Le plaisir évident des personnages à se réinventer, de la strip-teaseuse singeant une comtesse anglaise à l’arnaqueur qui devient justicier jusqu’au maire blanc qui se rêve en Luther King, se double évidemment de celui des acteurs hollywoodiens. Les personnages sont fortement caractérisés, chacun à la fois très grossièrement marqués par l’exigence du film de genre, et pourtant très finement nuancés dans leur partition comique. Ainsi, si l’on accepte de voir le film pour ce qu’il est, un exercice de représentation troupière de haut vol, entre la comédie de caractères et le feel-good musical (la reprise de White Rabbit en arabe), on est surpris de trouver dans l’expression galvaudée « l’amour des acteurs » un terme plus qu’approprié au cinéaste.
 

Titre original : American Hustle

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Durée : 138 mn


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