
Seulement voilà, toutes risibles et fantaisistes soient-elles, ces aventures sont également, et avant tout, de singulières propositions de récits, de souvent magnifiques aventures de cinéma carburant à une essence certes impalpable, mais si précieuse : la foi. Aussi bien le réalisateur que ses personnages ou son spectateur se retrouvent, à condition bien sûr de faire fi de toute ironie, de toute condescendance quant aux lubies de l’entreprise, amenés à faire face, en dernière instance, à la sublime et vertigineuse matérialisation d’un espoir, l’accessibilité longtemps inespérée d’une vision. D’où l’émotion rare traversant des fictions de quête (d’un amour, d’un idéal social ou spirituel…) comme Les savates du bon dieu, Céline, De bruit et de fureur, dont les élans de violence ou aspirations anarchiques s’accompagnent toujours d’une dimension un peu irréelle, un peu féérique. Toute en suspension… D’où surtout le degré d’inquiétude accompagnant toutes les scènes de sexe de ce cinéma. Moins que les femmes elles-même, c’est la propension que semblent avoir ces dernières à s’engager en toute innocence dans des aventures dont elles seraient au final les véritables guides, qui conduirait ces pauvres hommes à leur perte (cf le prof de Noce Blanche, les hommes d’affaires de Choses secrètes, le cinéaste des Anges exterminateurs…).

Pourquoi donc un tel retour sur l’avant A l’aventure, une aussi longue introduction à l’approche de ce seul film ? Sans doute en raison de l’indicible sérénité qui, contre toute attente, s’en dégage. Captive immédiatement et jusqu’au dernier plan, la presque absence de drame de ce récit d’une jeune femme abandonnant un beau jour tout engagement (social, professionnel, amoureux), pour se laisser porter par les jeux voisins du corps et de l’esprit. D’une rencontre avec un étudiant en psychiatrie passionné par les manifestations physiques de l’inconscient (en substance : « qu’est-ce que la psychanalyse ? »), se déclenche un engagement aussi ludique qu’inquiet dans les eaux troubles des plus larges et diverses formes de pensée ( philosophique ; religieuse ; scientifique ; fantasmatique…). L’érotisme reste bien sûr l’horizon dernier, à cette nuance près que, plus que nulle -part ailleurs, s’allie à sa réalisation l’absence totale de toute justification, la mise au ban de tout prétexte autre que celui d’une commune volonté de croire en cette projection. Ainsi nous est épargnée la référence à une noire origine au profit d’une légèreté retrouvée. L’homme, dans sa prise de pouvoir apparente sur les trois jeunes femmes (dont Lise Bellynck, déjà présente dans Les anges exterminateurs, toujours aussi… investie), a cette fois la garantie d’une commune ouverture à la métaphysique, d’une complicité sans menace avec ces dernières, par l’entremise d’une découverte bienveillante de ses dons hypnotiques.

L’absence de point d’exclamation du titre serait d’ailleurs, sans nul doute, la clé de la plénitude entourant ce film magnifique : c’est moins la charge téméraire vers un nouveau combat qui dirige le projet, qu’une dédicace, un apaisement. « A l’aventure » pourrait se lire aussi : « finalement, tout ne fait que (re)commencer ».






