Les Petits Mouchoirs

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Trop lol Marion Cotillard sur une bouée, trop snif Dujardin à l´hosto… Capable de plus et de mieux, Guillaume Canet sombre dans le binaire et le tire-larme.

Les écoulements corporels semblent travailler durablement le cinéma français. Mais pas vraiment là où on l’attend. Après Les Petits Ruisseaux qui n’était pas sur les fuites urinaires, Les Petits Mouchoirs (notez la récurrence de l’adjectif) n’est pas non plus sur la morve et le légitime rhume automnal. Ce sont, pour Guillaume Canet, ces petits voiles qui cachent nos secrets et que l’on soulève parfois.
On ne s’était jamais vraiment remis du césar du meilleur réalisateur décerné à  Canet en 2007 pour son deuxième film, le fade Ne le dis à personne (face à Cœurs d’Alain Resnais quand même : au secours !), mais l’omniprésence médiatique de ces Petits Mouchoirs si lacrymaux dépasse l’entendement. Alors oui évidemment, il y a pleins d’indices qui font du film un encouragement au succès (ou à la fuite en courant) : le jeune premier français passé avec le succès qu’on lui connaît à la réalisation, le casting de trentenaires (et un peu plus…) quatre étoiles, le film de vacances qui sort un mois après la rentrée, le film de potes… Un concentré formidable de bons sentiments sur le thème : des fois, on est égoïste, mais quand même on est gentil. Les Petits Mouchoirs, c’est une sorte de cinéma estampillé variété française. Il y a du bon dans la variété, mais il y a aussi beaucoup de mauvais. Notamment quand on confond populaire et populiste.
 
Des potes donc, beaucoup (trop !). L’un d’eux (Dujardin) se retrouve à l’hosto après un accident. Les autres décident de partir en vacances quand même. Vacances qui comme on le sait au cinéma sont un moyen de décompresser et donc de faire surgir vieux démons et autres crises de nerf. Et là Les Petits Mouchoirs devient un peu « du rififi dans l’île ». Guillaume Canet nous assène de plans hélico sur la mer, le bateau, les amis dans l’eau… Un exemple parfait des vacances publicitaires dans une esthétique de catalogue Fram. Le film s’oriente dans la confrontation des nombreuses personnalités (le dragueur menteur, l’amoureux chiant, le sensible troublé, le névrosé troublé…) avec des moments réussis (mention spéciale au couple François Cluzet-Valérie Bonneton, assez justes dans la caricature), mais surtout beaucoup trop de facilités et de condescendance à l’image de l’humour trop gras et trop lourd (le cul de Cluzet, le vomis de Lellouche… qu’est-ce qu’on se poile !).
Mais le pire n’est finalement pas là. L’un des plus gros problèmes du film, c’est sa durée : 2 très longues heures 34. Allonger en soi la durée d’une comédie, genre généralement court, pourquoi pas. Mais Les Petits Mouchoirs semble surtout marquer une difficulté de Canet à couper, un refus de se concentrer sur le fil narratif pour offrir plus. Plus de quoi ? En gros deux choses. Il y a évidemment le fantasme de tout dire, tout faire connaître, laisser sa chance à chacun et les écueils que cela peut produire quand il s’agit de huit personnages. Même le personnage secondaire qui sert de faire-valoir aura droit à sa minute à l’antenne pour ses problèmes de parcs à huîtres (et hop, un coup de conscience sociale !). Et ensuite, la multiplication des plans « environnementaux » : scènes trop longues, plans sur des jolis sourires… Il y a un évident plaisir de filmer chez Guillaume Canet, de laisser de la place à ses acteurs (pas mauvais au demeurant). Mais tout cela s’apparente au final à une incapacité à trancher dans le vif, à une volonté de trop dire.
 
Le corollaire de tout cela est l’aspect excessivement lacrymal du film. Car après le rire, les larmes, la mise en scène de l’égoïsme de chacun y mène. Et là, Canet en fait trop à vouloir sauver tout le monde, à donner à chacun sa minute d’explication. Et vogue les larmes : gros plans sur les visages défaits, accentuation des situations jusqu’au pathétique… Lars Von Trier n’a qu’à bien se tenir. A ce titre, la scène de l’enterrement est symbolique du côté tire-larme des Petits Mouchoirs, avec un long défilé des personnages venant évoquer le cher disparu en pleurant sur son cercueil. Cet excès de pathos, à la limite de la pornographie lacrymale, est d’autant plus dommage que Canet se montre tout à fait capable dans certaines séquences de faire surgir l’émotion sans recourir à l’artifice ou à l’outrance.
La vie, des fois c’est gai, des fois c’est triste. L’amitié, c’est pareil. Mais heureusement, les amis sont là pour se serrer dans les bras. Dans ce long trop-plein de bons sentiments, juste ce qu’il faut de fashion (passages éclair de Mathieu Chédid, Maxim « Yodelice » Nucci ; bande-son classe de Nina Simone à Lou Reed avec Anthony Hegarty), le seul moment de cruauté du film est une surprise inattendue d’une réelle force. Dommage que Guillaume Canet, alors qu’il est à même de faire advenir ces moments, se contente le plus souvent de clichés et de sensiblerie facile. A l’arrivée, Les Petits Mouchoirs donne l’impression de regarder le film des vacances de ses amis : on veut bien leur faire plaisir, mais en fait, on s’en fout.
 

Titre original : Les Petits Mouchoirs

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Durée : 154 mn


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