Belle Épine

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Sauveur du film d´auteur français « Belle Épine » ? Non, seulement un film qui se cache derrière un costume qui ne lui va pas. Dommage peut-être, mais une réalisatrice à suivre.

Petite sensation à la Semaine de la Critique à Cannes, une partie de la presse a fait du premier film de Rebecca Zlotowski le héraut d’un cinéma d’auteur français décomplexé et en paix avec son passé. Un programme audacieux ! Audacieux, le film l’est aussi en mêlant portrait réaliste à la française et jeu sur les codes du film de genre à l’américaine. Mais paradoxalement, il trouve dans cette audace une forme de paresse rassurante qui empêche pleinement l’éclosion de ses possibilités.
Belle Épine est avant toute chose un portrait dans la tradition française du genre, qu’elle soit picturale, littéraire ou cinématographique à la manière des récents Un poison violent (Katell Quillévéré, 2010) ou La Princesse de Montpensier (Bertrand Tavernier, 2010) pour ne citer qu’eux. Plus que sur une histoire, le film s’incarne en un personnage. Léa Seydoux porte le film sur ses épaules. Elle est de quasiment tous les plans. Mieux, elle est au cœur de chaque plan. Elle ne donne pas la direction du film, elle est cette direction. Prudence, 17 ans, vient de perdre sa mère et vit seule dans l’appartement familial. Livrée à elle-même, elle semble partagée entre sa douleur et son désir de vivre pleinement son adolescence, entre l’insouciance et la culpabilité. Face à un quotidien insupportable, Prudence dérape. Malheureusement, à la différence d’un Chabrol, point de portée ironique des prénoms ici, que du littéral. Fascinée par une amie apparemment plus libérée, elle la suit jusqu’au circuit de moto de Rungis. L’adolescente y sera fasciné par la vitesse, les garçons, la nuit… le goût de l’interdit et surtout la possibilité d’un provisoire exil.
Réalisatrice et scénariste, Rebecca Zlotowski signe un portrait quasi naturaliste précisément situé (dans le temps, le milieu social) dans la veine de Pialat, Rozier, voire Doillon. Avec un cadre très mobile, le film se fonde sur des effets d’urgence et de rupture. Le choix des bikers de Rungis, aussi exotique paraisse-t-il aujourd’hui, n’est pas innocent. Outre un indice supplémentaire sur l’inscription temporelle de cette histoire (le circuit de Rungis vit son apogée à l’orée des années 1980), il permet de confronter l’impassible Prudence à ce qui lui est étranger. L’accès au circuit a d’ailleurs tout d’une fuite, d’une fugue : prendre un bus inconnu, traverser seule les bois la nuit…
 
 
 
Malheureusement, la réalisatrice inflige au film un traitement maniériste des plus hasardeux. Très vite, la mise en scène surjoue. Pas tellement dans les mouvements de caméra, mais plutôt dans les effets à l’image (effets de lumière et de montage) ou sur l’image (pulsation et battements cardiaques, musique). Les éléments se juxtaposent, mais peinent à se rencontrer à l’image de cette scène où les bikers réparent une moto et où le plan cite littéralement La Leçon d’anatomie du docteur Tulp (1632) de Rembrandt. Image très belle pour une citation esseulée qui ne fera jamais sens. Belle Épine a des choses à dire, mais Zlotowski du mal à les montrer. Ainsi les bikers n’apparaissent finalement que comme le prétexte à un accident qui agira comme un élément déclencheur pour Prudence. Stoppée net, la fuite apparaît comme une parenthèse nécessaire avant d’accepter sa propre réalité.
Belle Épine semble constamment vouloir être autre chose que ce qu’il est vraiment. Un peu à la manière de son fond musical qui oscille entre Le Clavier bien tempéré (Johann Sebastian Bach, 1744) et Que je t’aime (Johnny Hallyday, 1969), entre approche classique et traitement contemporain, mais n’est pourtant ni l’un ni l’autre. Qu’est Belle Épine ? Un objet fort simple, mais avec beaucoup d’enrobage qui l’empêche peut-être de toucher à l’essentiel. Le film manque trop de finesse pour que la littéralité qu’il véhicule devienne acceptable. Sa résolution devient aussi attendue qu’artificielle. Le gonflement par l’emphase ne suffit pas. Un peu comme son personnage, Belle Épine veut faire ressentir, mais refuse d’éprouver, vivre réellement, mais sans s’investir. C’est d’autant plus dommage qu’on sent parfois beaucoup de talent derrière tant d’afféterie comme dans une scène de simple discussion entre Léa Seydoux et Anaïs Demoustier : le cadre se pose et laisse la situation se développer. Sans ornement, sans surplus, le regard est à nu, enfin, et donne envie d’y croire.

Titre original : Belle Épine

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Durée : 80 mn


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