40 ans, mode d’emploi

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Apatow empâté.

Il y a toujours eu cet équilibre attachant entre les opposés chez Judd Apatow. Depuis 40 ans, toujours puceau (2005), le cinéaste fait la preuve de son attachement pour des losers qui seront sauvés, souvent par une femme, de leurs penchants solitaires et « inadaptés ». Le vierge et très ordonné Andy (Steve Carrell) rencontre la délurée Trish (Catherine Keener). Ils ont le même âge, mais déjà grand-mère, elle a multiplié les expériences sentimentales et sexuelles. La rigolote un peu hippie rencontre le vieux garçon gris. Idem dans En cloque, mode d’emploi (2007), la vie désordonnée, fauchée et geek de Ben (Seth Rogen) prend fin à la minute où il met en cloque Allison. Ambitieuse, jolie et relativement successful, le personnage de Katherine Heigl est le pendant jeune adulte de Leslie Mann, qui attire aussi dans ses filées de femme de raison le comique dépressif de Funny People (2009).

L’homme chez Apatow est souvent un déclassé marrant, son incapacité à vivre dans le monde des adultes assure la sympathie du spectateur (masculin?) et ses efforts pour se mettre au niveau de l’exigence féminine donnent lieu à de grands moments comiques. N’en déplaise à Leslie Mann (femme de Judd à la ville), les personnages féminins sont principalement des emmerdeuses, et qu’elles en aient dans le « caleçon » ne les rend pas aimables, même si Apatow sous-entend toujours que vivre à leurs côtés est un mal nécessaire pour grandir.
 
 

Maude et Iris Apatow, Paul Rudd, Leslie Mann

Dans ce quatrième long métrage, le face-à-face ne tient plus. L’affiche du film le dit elle-même très bien : en amorce Debbie (Leslie Mann) se brosse les dents face à son miroir, et dans le fond, son mari Pete (Paul Rudd) est aux toilettes. Enfermé dans le même reflet, les époux se regardent, suspicieux, et leur « occupation » respective donne lieu à toutes les remontrances. 40 ans, mode d’emploi est une comédie domestique qui ne voit pas plus loin que ses préoccupations ménagères, régressives parfois, infantiles toujours, mais la dynamique de confrontation qui faisaient le sel du cinéma d’Apatow a disparu. Pete n’a rien à offrir comme résistance au personnage féminin, aucune vie alternative, il ne lui reste qu’à subir l’assaillant.

Comme la dernière heure de Funny People le laissait envisager, daddy Apatow s’est enfermé dans un système comique, paradoxalement parce qu’il semble être « arrivé » : les questions du devenir, de la recherche d’une identité – de garçon sexué (Supergrave, 2007 ; 40 ans toujours puceau), de père (En cloque, mode d’emploi), ou d’artiste (Funny People) – sont résolues, ne reste que la représentation d’une famille, jouée clef en main par sa femme et ses propres filles. Pete serait donc en creux, et sans inventivité aucune, Judd Apatow, ce quadra en panne d’inspiration professionnelle !

 


Chris O’Dowd, Paul Rudd et Lena Dunham

 
C’est ce miroir un peu triste entre un succès de production comique et la vision un peu étroite de l’âge adulte que l’on subit en deux longues heures de scènes distendues. Le portrait de ses deux enfants, dont l’une entre dans l’adolescence, et d’une épouse qui refuse de vieillir sent la mauvaise thérapie familiale en roue libre. L’hystérie féminine a remplacé les joutes verbales équilibrées, la lâcheté masculine jusqu’alors attendrissante est devenue minable. Les seconds rôles ressemblent à du cachetonnage de copains, la photographie est hideuse et l’ensemble n’exprime que sa vacuité scénaristique. Reste évidemment ce talent de dialoguiste, cette capacité d’observation du quotidien qui rappellent qu’on est bien chez Apatow, même si les références sous-culturelles et l’appel du pied au cinéma ont cédé la place à un running gag sur la série Lost.

Mais le plus gênant est le sort réservé à Leslie Mann et sa voix de crécelle. Bobonne insupportable, elle traque son époux jusqu’au fond des toilettes, râle et méprise, juge et ordonne. Il faut bien sûr y lire sa fragilité à passer le cap de l’âge mûr et son besoin d’être rassurée sur son pouvoir de séduction (dans une horrible scène de boîte de nuit !). Plus que les controverses sur l’avortement dans En cloque, il y a là une insistance assez rance de ce que dit ce personnage depuis déjà trois films : quand l’humour et la mélancolie sont le propre de l’homme, la responsabilité de la famille est une affaire de femme et pour le bien de tous, il faut se soumettre à cette loi. Les comédies d’Apatow et ses spectatrices ne sont pas prêtes de s’en remettre.

À lire : Comédie, mode d’emploi : Judd Apatow, Story of a Funny Guy autour du livre d’entretiens mené par Emmanuel Burdeau.

Titre original : This Is 40

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Durée : 134 mn


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