Harold et Maude

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Adolescent des riches banlieues, Harold rencontre Maude, bientôt 80 ans. Son petit monde bascule, car Maude représente la liberté en majuscules. Nous sommes en 1971, version Etats-Unis d’Amérique.

Adolescent des riches banlieues, Harold est en pleine crise existentielle. Sa mère désespère face aux singulières performances qu’il réalise devant elle. Son oncle propose comme solution l’armée, bénéfique pour la santé mentale selon lui. Entre deux enterrements, Harold rencontre Maude, bientôt 80 ans. Son petit monde bascule, car Maude représente la liberté en majuscules. Nous sommes en 1971, version Etats-Unis d’Amérique.

Un vent de liberté souffle sur la population américaine à cette époque, et les jeunes cinéastes du Nouvel Hollywood s’acharnent à rendre des témoignages plus ou moins fidèles. Harold et Maude (1971) de Hal Ashby (Shampoo, 1975 ; Bienvenue Mister Chance/Being there, 1979) reste pourtant un outsider parmi les outsiders, car même si les revendications de liberté, valeurs morales et amour libre sont au rendez vous, il fait partie de ce – trop – petit groupe de films parlant sérieusement au spectateur, à travers la pure comédie (véhiculée magistralement par le personnage de la mère, interprété par la superbe Vivian Pickles, inoubliable).

Le comique, dans ce film, est lui même reflet de son époque : le manque de cynisme dans Harold et Maude nous frappe car on est habitué de nos jours à des séries TV types, telles Les Simpsons ou South Park, qui exercent sur nous un humour décalé, rempli de satire, parodie et cynisme. Certains pensent à ce niveau là que le film a « vieilli ». Nous ne sommes pas d’accord. Parce-qu’il ne faut pas se tromper : toute naïveté est absente ici. Bien sûr, le bonheur idyllique est recherché dans Harold et Maude, mais celui ci n’est à aucun moment présenté et imaginé comme indépendant de la réalité et des expériences passées, que celles ci soient heureuses ou malheureuses.

 
     

L’autre problématique forte du film est la responsabilité des actes commis, inévitablement liée au concept de liberté. Mais le débat reste ouvert car le réalisateur ne cherche pas à nous convaincre de quelque chose, loin de là. La conclusion moralisante n’est pas ici une priorité. Ce qui nous étonne tout autant que le manque de cynisme, vu l’écrasante majorité de films, téléfilms, séries et autres se prétendant « moraux » par l’usage de la manipulation comme outil de réflexion.

D’un point de vue formel, les chansons de Cat Stevens se joignent aux procédés comiques pour mieux rendre compte et nous faire remarquer le désespoir de base et la frustration existentielle – précédant à la délivrance des carcans sociaux – subies par Harold (incarné superbement par Bud Cort). Et ceci en restant aussi légères et entrainantes que la bonne musique pop. L’exploit de Cat Stevens nous impressionne*.

On remarque également la qualité des plans d’ensembles, parfaitement construits et maîtrisés. Prenons comme exemple celui où Harold et Maude sont au milieu d’un cimetière où toutes les pierres tombales sont blanches et de même taille. La caméra « dézoome » lentement, et le couple se retrouve de plus en plus encerclé par ces tombes. La courte focale aplatit le tout jusqu’à ce que personnages et tombes ne fassent plus qu’un. L’image est nette, la figure de style claire et efficace.

Nous sommes donc heureux de redécouvrir ce film culte, d’une modernité certaine, sur grand écran et copie neuve. Enfin un film qui repousse à l’infini les limites du politiquement et socialement correct. Nous disons « enfin », car il ne faut pas l’oublier : les nouvelles fictions revendicatives, qui prennent conscience des problématiques actuelles avec un point de vue actuel et ce sans tomber pour autant dans le pathos, restent rares dans le cinéma d’aujourd’hui. Aux États-Unis comme ailleurs.

* Nous remercions à ce niveau l’équipe chargée du doublage français d’avoir enfin pensé à sous-titrer les paroles des chansons.

Titre original : Harold and Maude

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Durée : 90 mn


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